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Le foot portugais

Entretien – Guilherme Ramos : « Un adjoint, c’est deux yeux en plus pour l’entraîneur »

Passé notamment par Estoril, l’APOEL à Chypre et Nottingham Forest en Angleterre, Guilherme Ramos s’est confié à Trivela sur son parcours, ses ambitions et son rôle d’entraîneur adjoint.

Après une carrière de joueur durant laquelle il a notamment évolué dans les divisions inférieures portugaises puis en Islande, Guilherme Ramos est passé de l’autre côté du terrain en prenant en main une équipe islandaise. Depuis, l’ambitieux portugais à la mentalité offensive n’a cessé de prendre de l’expérience au Portugal et à l’étranger jusqu’à arriver, l’été dernier, sur le banc de Nottingham Forest, en Championship, pour assister l’entraîneur français Sabri Lamouchi.

Bonjour Guilherme, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Vous avez commencé votre carrière d’entraineur très jeune, à seulement 29 ans, en Islande. Racontez-nous, le fait d’être entraineur a-t-il toujours été un objectif ?

Alors, j’étais en Islande en 2010 en tant que joueur, puis j’ai eu une expérience en Pologne et je suis retourné au Portugal la même année. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ma carrière de footballeur n’allait pas durer éternellement et que, lorsque je n’aurais plus envie de jouer au football, j’aimerais passer de l’autre côté du terrain, en tant qu’entraîneur. Depuis que j’ai eu cette réflexion, j’ai commencé à me préparer à ça.

En 2014, j’avais 29 ans, et j’ai reçu une proposition pour retourner en Islande mais j’étais très clair avec eux. Je voulais venir pour jouer, mais aussi pour entraîner. Lors de mes échanges avec la direction, j’avais été le plus direct possible. Ils ont accepté de me laisser entraîner une équipe de jeunes à côté de ma fonction de joueur, c’est comme ça qu’a débuté cette nouvelle aventure. A partir de là, je l’avoue, j’étais plus concentré sur le début de ma carrière d’entraîneur que sur la fin de ma carrière de joueur. En 2016, j’ai raccroché les crampons pour me consacrer pleinement à ma deuxième carrière.

« J’aime les équipes qui n’ont pas peur de perdre »

Comment pourriez-vous vous définir en tant qu’entraîneur ?

Je dirais que je suis un coach en construction car je crois que nous devons tous l’être de façon constante, que nous ayons 1, 5, 10 ou 20 ans de carrière derrière nous. Le football est constamment en progression, les joueurs et le contexte ne sont jamais les mêmes. En ce qui concerne les idées de jeu, même s’il doit y avoir une ligne directrice, je pense qu’il faut parfois laisser notre identité derrière nous et s’adapter aux plans de jeu de l’équipe adverse. Selon moi, au cours des années passées sur un banc, tu perfectionnes tes idées de jeu grâce aux adversaires qui essayent de créer des problèmes nouveaux. Pour le moment, en tant qu’entraineur adjoint, je partage l’idée et le style de jeu de l’entraineur principal travaillant dans ce sens-là.

Naturellement, un jour, quand je serai dans la peau d’un entraineur, j’aurai mes propres idées, mes propres croyances et mes expériences me permettant de savoir comment je vais faire jouer mon équipe. Je vois un match comme une partie d’échecs, dans laquelle il faut toujours surprendre l’adversaire avec beaucoup de risques inhérents à cette mentalité que je défends et que je défendrai. Je veux que mes joueurs suivent les directives de base mais qu’ils prennent des risques et qu’ils s’amusent sur le terrain. Tant pis s’ils font des erreurs, ça sera de ma faute.

Je veux une équipe organisée, équilibrée, mais honnêtement, j’aime les équipes qui n’ont pas peur de perdre, avec une mentalité offensive. C’est pour cette raison que je ne vais pas dire que je veux toujours jouer en attaque placée, ou en transitions rapides. Je veux arriver devant les buts et préparer mon équipe à leur faire comprendre quelle est la meilleure solution à ce moment-là. Si le meilleur choix c’est de garder la possession pendant 2/3 minutes pour ouvrir les espaces, ça sera comme ça. Mais si la meilleure solution c’est de jouer long pour arriver devant les buts adverses, ça sera ainsi.

« L’adjoint, c’est deux yeux en plus pour l’entraîneur principal »

Vous avez généralement eu un rôle d’entraîneur adjoint, pouvez-vous nous l’expliquer ?

Pour moi, l’entraîneur adjoint doit être le prolongement des yeux de l’entraineur. Soutenir, travailler, améliorer, remettre en question et faire évoluer cette idée commune. Ce ne sont pas mes yeux en particulier qui doivent être focalisés sur l’entrainement ou le jeu, mais plutôt deux yeux en plus pour l’entraineur principal permettant de déterminer notre idée du jeu et comment la travailler, car dans une équipe technique, tout le monde suit une seule idée.

A Nottingham Forest quelle était votre relation avec Sabri Lamouchi ?

C’est une grande satisfaction d’avoir eu l’opportunité de travailler avec quelqu’un qui a eu un passé aussi riche et qui a fait de grandes choses pour le football. Je suis très reconnaissant d’avoir vécu cette expérience à ses côtés. Pour lui, c’était la deuxième saison, après avoir réalisé une campagne absolument fantastique en échouant aux portes de l’accès aux Playoffs à cause de la différence de buts. J’avais déjà toutes les références de ce que c’était de travailler avec lui, et Sabri Lamouchi a vu en moi un jeune entraîneur avec la capacité d’aider et d’ajouter de la qualité au travail. Je pense que nous nous correspondons bien quant à notre façon de travailler et la dynamique de travail était très positive.

« L’Angleterre, c’est un monde à part »

Vous avez découvert l’Islande, la Chypre, le Portugal et l’Angleterre, qu’avez-vous pu tirer de ces diverses expériences ?

Que ça soit en Islande, à Chypre, au Portugal ou en Angleterre, ou dans un autre pays, le travail, l’expérience et les difficultés affrontées de n’importe quelle manière ont leur importance. Je considère que le travail d’évaluation en profondeur par rapport au contexte dans lequel nous opérons et agissons est essentiel.

Si en Islande tout était beaucoup plus paisible, tant dans le mode de vie que dans le contexte professionnel, cela m’a permis de commencer d’expérimenter, de faire des erreurs et de commencer à construire ce que je suis aujourd’hui, sans un contexte médiatique qui me limitait. Je dois beaucoup à ce pays pour cette opportunité.

La Chypre, c’est mon pays d’adoption. Je ne me suis jamais senti aussi bien à tous les niveaux dans ce pays. Ce n’est peut-être pas un grand championnat mais cela m’a permis de débuter ma carrière, de lutter pour gagner des titres, d’être champion, de jouer des compétitions européennes et de travailler avec de très bons joueurs.

Le Portugal c’est mon pays natal et naturellement, comme la plupart des entraîneurs, j’ai l’objectif d’être reconnu là-bas. Je mentirais si je vous disais que cela ne m’importe pas. Bien sûr j’aimerais, mais je mentirais aussi si je disais que je n’aime pas travailler à l’étranger.

L’Angleterre, c’est un monde à part. C’est un rêve de carrière que j’ai eu la chance de réaliser à l’âge de 35 ans, et bien sûr, un jour, je veux y retourner. Nottingham Forest c’est un club qui a remporté la Ligue des Champions, avec une popularité énorme et rien que pour ça, l’expérience a été grandiose. Mais ce qui m’a impressionné le plus et ce qui fait du championnat anglais le meilleur du monde, c’est la mentalité. C’est impressionnant. Il y a plus de qualité que dans les autres pays, mais en plus de cela, il y a plus d’enthousiasme, de compétitivité et de force mentale chez les joueurs.

Beaucoup de personnes décrivent le Championship comme un championnat très compliqué, qu’en pensez-vous ?

J’avais déjà cette idée de l’extérieur, et mon expérience a renforcé cette croyance. C’est l’un des championnat les plus compétitifs et les plus difficiles d’Europe. Le dernier au classement peut gagner face au leader, cela montre l’équilibre du championnat et sa compétitivité. Puis il y avait le facteur public, désormais écarté en raison de la pandémie, dans lequel l’équipe locale avait le soutien indéfectible de ses supporteurs pour remporter les rencontres.

C’est cette compétitivité qui a expliqué les difficultés de Nottingham Forest, qui ont conduit à un remaniement du staff et donc, à votre départ ? Comment avez-vous vécu cette expérience ?

La saison passée s’est terminée d’une façon atypique, avec cette mauvaise série pour Nottingham Forest et la non-participation aux Playoffs. Au début de la saison, nous n’avons pas eu le repos suffisant pour nous préparer et il y avait un climat de frustration de l’équipe par rapport à la non-participation aux Playoffs. Les mauvais résultats n’ont pas arrangé les choses. Malgré cet épisode, je garde que du positif. Sur le plan personnel je suis convaincu d’une chose, je veux rester à ce niveau-là. J’ai la capacité pour être ici et mon unique frustration c’est de ne pas avoir duré toute la saison.

« De nombreux joueurs ont tenté de convaincre le président de l’ENP pour que je reste leur entraineur »

Vous êtes donc libre depuis le mois de décembre. En quoi consiste votre quotidien, vous cherchez un club ?

Pour le moment, je suis au Portugal et je profite de la situation pour valider ma licence d’entraîneur UEFA. J’ai pour objectif de continuer à travailler avec Bruno Baltazar, que j’ai côtoyé à Estoril, à Limassol et à Nottingham.

Bruno Baltazar et Guilherme Ramos, sous les couleurs de Nottingham Forrest

Vous avez déjà officié en tant qu’entraîneur principal à l’ENP, à Chypre. Qu’avez-vous retenu de cette courte expérience, et est-ce un poste qui vous plairait pour la suite ?

C’est vrai. Après un début de saison compliqué, avec 5 défaites en 5 matchs, le club a décidé de virer l’entraineur qui avait débuté et j’ai demandé de prendre les rênes de l’équipe en attendant que le club trouve un entraineur. Est-ce que j’étais prêt à prendre l’équipe en main ? Peut-être pas, mais j’ai vu une bonne opportunité et une bonne expérience personnelle, alors j’ai foncé. J’ai entraîné durant deux semaines, elles ont été très positives, je sais que de nombreux joueurs ont tenté de convaincre le président pour que je reste leur entraineur. J’ai ensuite eu une discussion avec le président, qui a été très correct avec moi. Le souci était que face aux contraintes liées à ma licence UEFA, je n’avais pas les qualifications nécessaires pour continuer l’aventure. La semaine suivante, le nouvel entraîneur est arrivé et j’ai repris mes fonctions d’adjoint.

Je garde un souvenir inoubliable du 10 mai 2019. C’était la première victoire de la saison pour l’ENP, face à DOXA. Ma première victoire en tant qu’entraîneur principal.

C’est impossible de dire aujourd’hui si je serai entraineur dans 3,5 ou 10 ans. Je mentirai si je disais je ne veux pas et je mentirai également si je disais qu’aujourd’hui je me sentais prêt. A court terme, je me vois encore travailler comme entraineur adjoint, j’ai encore des choses à apprendre. Après, si je vois que c’est le bon moment pour sauter le pas, je le ferai.

« Plus on gagne, plus on s’ouvre de portes dans le monde entier »

Vous avez eu quelques contacts avec des clubs ?

Depuis janvier, j’ai eu des approches concrètes à la fois au Portugal et à l’étranger, pour le poste d’entraineur adjoint et aussi en tant qu’entraineur principal, mais à ce stade de ma carrière, cela n’aurait pas de sens d’accepter ces propositions-là.

Pour votre prochain défi , vous préféreriez découvrir de nouveaux championnats comme la France, par exemple, ou revenir au Portugal ?

Comme tout entraineur, je veux toujours être dans les meilleurs clubs. La France, la Suisse, la Belgique sont des pays très intéressants, et après avoir connu l’Angleterre, je serai plutôt ouvert à l’idée de travailler dans ces pays-là.

La réussite des entraîneurs portugais à l’étranger vous motive-t-elle, et vous aide-t-elle à acquérir plus de crédibilité dans ces pays ?

Oui, ça motive, c’est impossible de ne pas vouloir suivre le même exemple. Il y a des entraineurs portugais éparpillés dans les quatre coins du monde et la plupart ont eu du succès en gagnant des titres. Cela signifie qu’aujourd’hui, être entraineur de football avec un passeport portugais est presque synonyme de qualité, et il y a souvent des clubs à l’étranger qui ne demandent spécifiquement que des entraineurs portugais pour leur réputation et le succès obtenu ces dernières années. C’est pourquoi je leur souhaite à tous le plus grand succès, car plus on gagne, plus on s’ouvre des portes dans le monde entier.

Toute l’équipe Trivela tient à remercier Guilherme Ramos pour sa gentillesse et la pertinence de ses réponses durant cet entretien.

Crédit photo : Instagram – @guilherme_ramoss

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