Entretien – Bilel Aouacheria : « On se sent bien à Moreirense »

Pour Trivela, le numéro 10 français de Moreirense revient sur la magnifique saison de son club. L'occasion également d'aborder son parcours, le football portugais en général et ses ambitions. Entretien.

Tu évolues donc à Moreirense depuis 2 saisons, l’exercice 2018-2019 a été particulièrement réussi (6ème ex aequo avec 52 points). Quelles ont été les clés de votre succès ?
On avait un groupe vraiment bien uni, qui vivait très bien et qui était très solidaire. Il y avait une vraie union même entre ceux qui jouaient et ceux qui jouaient moins. Tout le monde tirait dans le même sens ce qui fait que peu importe qui était sur le terrain on avait le même rendement. On avait de l’envie et surtout de l’ambition.

Tu as moins joué cette saison que l’année passée (9 titularisations en 21 matchs), comment tu l’expliques et comment tu l’as vécu ?
C’est compliqué quand tu es un compétiteur. J’ai commencé la saison titulaire, mais après j’ai eu ma première grosse blessure musculaire avec cette déchirure à l’ischio jambier. Je suis un joueur explosif, mon jeu est fait de percussion et de dribble donc c’est compliqué de revenir de ce type de blessure. En plus, j’ai fait une rechute. Quand je suis revenu à 100%, l’équipe tournait donc le coach a fait des choix et comme on dit on ne change pas une équipe qui gagne. Il a fallu prendre mon mal en patience, mais c’est le football. Tu as ce sentiment d’impuissance, car tu aimerais être acteur de la chose, mais tu gardes quand même un rôle dans la vie de groupe.

Cette période t’a fait grandir ?
Oui, c’était ma première expérience négative on va dire, mais je pense que ce sera bénéfique pour le futur. Il faut être optimiste, si des épreuves comme cela arrivent, il faut chercher des solutions. Dans le football, il faut avoir cette capacité de se relever et surtout faire son travail à l’entraînement.

Bilel Aouacheria : « Chiquinho, c’est le maestro »

Pendant longtemps, vous étiez en course pour la Ligue Europa, mais au printemps on a appris que le club n’avait pas fait les démarches administratives pour s’inscrire, vous étiez au courant ? N’est-ce pas démotivant ?
Non, on n’était pas du tout au courant. Personne du club n’est venu nous en parler donc on l’a appris dans la presse. Le club n’était pas préparé à tout ça, malgré la belle saison ils ne s’imaginaient pas à ça. C’est un peu frustrant parce que tu peux te dire « oh est-ce que je fais ça pour du beurre ? », mais il ne faut pas le prendre comme ça. La cinquième place qu’on l’aurait eu ou non, personne ne nous aurait enlevé le mérite.

Cette réussite c’est aussi celle d’un homme : le coach Ivo Vieira. Il est comment avec le groupe ?
C’est un coach qui prône le beau football. Il nous demandait de jouer au sol quand on repartait de derrière, avec lui il faut construire. C’est un coach qui a une capacité d’adaptation, mais qui garde cette identité forte de bien faire jouer ses équipes. Que ce soit Benfica ou le dernier du championnat en face, il veut gagner les matchs par le jeu et ça c’est une philosophie qui parle aux joueurs ! Cette saison lui a permis de rebondir après la descente avec Estoril. Il a redoré son image et c’est une bonne chose, car c’est un bon coach avec de belles idées. Je lui souhaite le meilleur pour la suite. (Ivo Vieira a annoncé qu’il quittait Moreirense ndlr.)

Avoir un joueur comme Chiquinho, ça aide aussi.
Ah c’est le maestro, c’est un très bon joueur qui pense le jeu avant les autres. Il a une belle qualité technique et fini bien dans les derniers mètres. Il est très cérébral.

Moreirense est un petit club assez méconnu en France, peux-tu nous dresser le portrait du club ?
C’est un club très familial, Moreira de Cónegos c’est un village de 5000 habitants donc avoir un club de Liga ici c’est atypique. Le club est rigoureux, il fait avec ses moyens et accompli de belles choses. Après ce n’est pas les mêmes conditions que Benfica ou autres, mais Moreirense se structure avec la construction du centre d’entraînement. Le club bosse bien et a une bonne réputation au Portugal, car il valorise ses joueurs, franchement on s’y sent bien.

Évoluer dans un cadre « calme », sans forcément une pression intense, ça aide quand on est joueur ?
Oui, tu n’as pas la pression des résultats. La seule pression que tu as c’est de maintenir le club, ça permet de se concentrer sur ton jeu et de faire ce que tu as à faire.

Bilel Aouacheria : « Cette année, Guimarães était dans notre ombre »

Le club grandit dans l’ombre de Guimarães, comment vous vivez avec ? Il y a une forte rivalité ?
Cette année, c’est eux qui étaient dans notre ombre (rires). Ils nous ont pris la cinquième place lors du dernier match, nous on est le petit voisin. Moi je vis là-bas à Guimaraes, depuis chez moi je vois même leur centre d’entraînement ! Mais honnêtement, on s’entend bien avec les joueurs, il n’y a pas une grosse rivalité.

On aimerait revenir sur ton parcours maintenant, tu as fait tes gammes du côté de Saint-Étienne, mais à 20 ans le club ne te propose pas de contrat pro. Comment on réagit face à cette situation quand on est jeune ?
Je n’ai pas pris ça négativement, je me suis dit que j’allais avoir autre chose et c’est arrivé. J’ai eu l’opportunité d’aller au Portugal donc je l’ai saisi. Je me suis lancé dans cette aventure.

Justement pourquoi et comment être venu ici au Portugal au Sporting Covilhã en D2 ?
Ça s’est fait grâce à mon agent. J’ai fait un essai là-bas, ça s’est bien passé donc le club a voulu me garder. Certes, je venais de Saint-Étienne, mais je n’avais encore rien fait dans le football, j’avais encore tout à prouver. Sortir de ma zone de confort c’était aussi un moyen de voir ce que j’avais dans le ventre et de prouver des choses à moi même. De là, ma carrière a connu une pente ascendante.

Juste après tu es prêté au Sporting Portugal où tu joues avec la réserve, quels souvenirs tu gardes de ton passage chez les Leões ?
Je garde de très bons souvenirs, c’était vraiment une superbe expérience. Déjà ça a validé mon choix de venir au Portugal. Je m’entraînais avec le groupe A aux côtés d’internationaux, j’étais de retour dans un grand club. Ça m’a permis d’apprendre beaucoup de choses notamment au niveau du jeu : il ne faut pas toujours aller dans le dribble dans le 1 contre 1, dans le jeu sans ballon. En fait, j’ai élargi ma palette.

Et donc l’année suivante (saison 2017-2018) tu découvres l’élite du football, l’accomplissement d’une carrière, un rêve se réalisait ?
Oui, c’était un rêve et surtout un réel objectif que j’avais depuis mon arrivée au pays. Ma première saison était très bonne en plus, tu joues dans des bons stades, face à des joueurs qui ont un sacré niveau !

Bilel Aouacheria : « Les Portugais sont passionnés »

Ça fait plus de trois ans que tu es ici, qu’est-ce qui te plaît dans le football portugais ?
Ici, ils sont passionnés, les Portugais sont toujours à fond sur tous les matchs. Il y a du suspens dans le championnat avec la course au titre entre les trois gros, la course à l’Europe et pour le maintien. Même si les stades ne sont pas toujours remplis il y a quand même une ferveur.

Quelle différence tu as pu observer dans la vision du foot entre le Portugal et la France ?
Ici, ils ne connaissent pas la gestion (rires). Tu joues le dimanche, le lundi repos et le mardi tu repars à 100% et il faut être à fond ! La mentalité de travail est impressionnante, ils n’arrêtent pas et sont très rigoureux. Ils savent que le succès, ça passe par là. Ce n’est pas qu’on ne travaille pas en France, mais ici la mentalité est différente.

Quel bilan tu tires jusque là de ces trois années ?
Très positif surtout quand je regarde ou j’étais. Je suis parti de Sainté’ je n’avais pas de contrat pro je jouais en CFA2 et là je suis un joueur pro de Liga au Portugal. Bien sûr, j’ai de l’ambition et j’en veux plus, mais il faut savoir regarder le chemin parcouru et le valoriser. Je suis content d’avoir rebondi.

Lors des derniers mercato il y a eu des rumeurs de sollicitations de clubs français
Oui, des clubs m’ont suivi. Aujourd’hui comme j’ai moins joué il y a moins d’intérêts, mais on me suit toujours. Il me reste un an de contrat avec Moreirense, on verra au mercato ce qui va se passer. Tout est possible.

« Saint-Étienne a la dimension pour accueillir la Coupe d’Europe »

Tu espères un jour t’imposer en France ?
Oui, j’aimerai bien. C’est un plan de carrière que j’ai en tête. J’ai dû partir pour grandir donc je n’ai jamais joué en pro en France et ce serait vraiment un plaisir.

À Saint-Étienne en particulier on imagine ?
Saint-Étienne c’est mon club, j’adore la ferveur. C’est une ville qui respire pour son club et moi qui suis de là-bas ça me fera toujours rêver. J’ai suivi cette saison, c’est magnifique pour le club. Saint-Etienne a la dimension pour accueillir des soirées de Coupe d’Europe donc ça fait plaisir.

La France c’est le pays où tu as grandi, tu as des origines algériennes. Porter le maillot des Fennecs c’est quelque chose que tu as en tête ?
Oui, mais le niveau de la sélection est aujourd’hui très élevé. Quand tu regardes les joueurs à mon poste ce sont des Mahrez, des Brahimi, des joueurs de haut niveau. Ça me ferait plaisir, j’ai l’ambition et l’envie, mais je sais que j’ai encore du travail pour prétendre à la sélection.

Tu as d’autres objectifs personnels sinon ? Qu’est ce que l’on peut te souhaiter pour la suite ?
Marquer beaucoup de buts, faire des passes décisives, être performant et surtout continuer à prendre du plaisir en jouant le football que j’aime !

Merci à Bilel Aouacheria pour sa disponibilité

Maxime Oliveira