Entretien – Mohamed Diaby : « Je n’ai pas eu peur de partir jeune à l’étranger »

De la troisième division à la Liga NOS, Mohamed Diaby, 23 ans, a tout connu au Portugal. Cette saison, le polyvalent et talentueux milieu de terrain se révèle du côté du Paços de Ferreira. Interview.

Raconte-nous ton parcours en France. Où est-ce que tu as grandi et commencé à jouer au football ? 

J’ai grandi à Aubervilliers, c’est aussi là-bas que j’ai commencé à jouer. J’ai fait un passage au Paris FC jusqu’à mes 16-17ans. Après ça, j’ai choisi d’aller jouer en Angleterre un an en 4ème division à Barnet. J’ai voulu tenter et je ne regrette pas. C’était cool, parce que j’ai pu découvrir une autre culture, donc c’était une bonne expérience.

Tu es donc parti très jeune de France. En revenant d’Angleterre tu fais le choix de rejoindre le Portugal, pourquoi ? 

Disons que c’était la seule opportunité que j’avais. C’était un challenge et je n’ai pas eu peur de partir jeune à l’étranger. J’ai foncé, je ne me suis pas cassé la tête. 

Tu arrives à Santa Clara, mais tu es prêté au SC Ideal en troisième division. Comment s’est passée ta vie aux Açores ? 

C’était une année adaptation. La vie sur l’île était tranquille parce que là-bas il n’y a pas de grandes villes. Il a fallu apprendre à parler une nouvelle langue, aujourd’hui ça va je maîtrise, à appréhender une nouvelle mentalité, mais dans l’ensemble ça s’est quand même bien passé. Bien sûr, il y a eu des moments compliqués où ma famille me manquait, mais je savais pourquoi j’étais là, j’avais un objectif précis en tête. Tout ça m’a forgé. 

Et d’un point de vue footballistique ? 

Sur le terrain à l’Ideal, c’était génial, car je jouais tous les matchs. Ensuite, je suis revenu de prêt à Santa Clara où un nouveau coach venait d’arriver. Il ne comptait pas sur moi, mais je n’ai jamais trop compris pourquoi. Il disait que j’étais trop jeune, mais pour moi ce n’est pas une raison valable. Je suis dans une logique où l’âge ne compte pas, le plus important c’est sur le terrain. À la rigueur, mon manque d’expérience je veux bien l’admettre, mais le reste…

Capable aussi bien de défendre que d’attaquer, Mohamed Diaby est l’homme à tout faire au milieu de terrain du Paços de Ferreira

La troisième division est très peu connue en France, comment pourrais-tu décrire le championnat en termes de niveau et d’infrastructures ?

C’est un championnat compétitif. Ce ne sont pas tous les clubs qui ont des infrastructures top, mais certains sont professionnels. De mon côté, c’était le cas puisque que nous avions entraînement tous les jours.

Tu signes ensuite en réserve au Paços de Ferreira. C’est un club historique, ça a motivé ton choix ? 

J’avais beaucoup de propositions de clubs de troisième division qui voulaient monter, mais j’ai décidé de signer au Paços. C’est un club de première division, reconnu au Portugal et avec une grosse histoire donc ça a joué sur ma décision finale. J’ai signé en réserve avec un objectif en tête, celui de monter en A.

Comment s’est passé ton intégration en équipe première, toi qui évoluais avec la réserve ?

Très bien, mais j’ai eu un contretemps puisque j’ai été blessé 7 mois. Lors du dernier mois de préparation je me suis fracturé le métatarse donc ça a retardé la chose. J’ai quand même pu revenir pour terminer la saison en réserve et ensuite j’ai intégré l’équipe première. Cette blessure m’a un peu fait douter, mais je me suis vite réfugié dans le travail et finalement ma blessure m’a donné encore plus faim. 

L’an passé, vous avez remporté la deuxième division, parle-nous de cette aventure.

C’était une très bonne saison pour nous. Au début, je n’étais pas sûr de rester, mais finalement le coach m’a donné l’opportunité de faire la préparation avec le groupe pro. J’ai saisi ma chance et au final je ne retiens que du positif de cette saison. Je pense même que c’était la meilleure de ma carrière ! D’un point de vue collectif, on a beaucoup travaillé pour décrocher ce titre de champion. On avait un bon groupe. On s’entendait bien et surtout, tout le monde tirait dans le même sens. 

Après ta bonne saison en D2, il y a eu plusieurs rumeurs de départ. On parlait d’un intérêt de Reading, Benfica même, pourquoi ça ne s’est pas fait ?

Oui, je sais qu’il y a eu des intérêts, mais moi l’extrasportif je ne m’en occupe même pas. Je laisse tout ça à mon agent, comme ça je reste concentré sur le terrain.

Tu as donc décidé de rester. L’équipe vit une première partie de  saison compliquée. Qu’est ce qu’il vous manque ? 

On doit être plus tueur devant le but, c’est ça qui nous permettra de gagner des matchs. On peut et doit faire beaucoup mieux. On a la qualité pour. On a fait quelques erreurs aussi, mais ça tout le monde en fait, maintenant il faut en faire le minimum possible. 

Mohamed Diaby : « Je sais qu’on va se maintenir »

Si on regarde le classement vous n’êtes pas distancés, à seulement quatre points du 13ème, par quoi ça va passer pour aller chercher le maintien ? 

Tout n’est pas perdu. On y croit, je sais qu’on va se maintenir, car on travaille à fond pour ça. Il nous suffit de gagner un ou deux matchs d’affilés et ça va le faire. Il faudra aller gratter le maximum de points, notamment contre des adversaires directs. Récemment, on a changé de coach, tout se passe bien avec lui, mais sur le terrain c’est à nous les joueurs de faire le travail. 

Paradoxalement, toi tu impressionnes. D’un point de vue personnel es-tu satisfait de tes performances ? 

Mouais. J’essaye de faire de mon mieux, je continue à travailler parce qu’on peut toujours faire plus. Je ne suis pas rassasié et je sais que je peux m’améliorer sur plusieurs domaines. Vu ma taille, 1m97, je pourrais mettre plus de buts de la tête, tactiquement aussi je peux progresser. Et parfois, je dois aussi faire moins de fautes (rires) même si ici les arbitres sifflent plus facilement.

Mohamed Diaby a déjà inscrit trois buts cette saison

Tu es d’ailleurs considéré comme un des meilleurs milieux de terrain du championnat, qu’est ce qui fait ta force selon toi ? 

Ma force première c’est le mental. Selon moi, tout se passe dans la tête. Sur le terrain, je ne me pose pas 1000 questions, si je rate quelque chose et bien c’est raté, hop, il faut passer à autre chose. 

Mohamed Diaby : « Un plaisir d’être comparé à Pogba »

Tu te comparerais à quel joueur ? Instinctivement en te voyant jouer on pense à Pogba. 

Ça fait plaisir d’être comparé à Pogba, mais j’essaie d’être moi-même. Je ne tente pas de ressembler à quelqu’un d’autre. Lui a une grande carrière, moi je n’ai encore rien fait, j’ai tout à prouver. 

Paços s’est tout de même qualifié en 1/4 de la Taça. Ces matchs de Coupe sont-ils un moyen de reprendre confiance ? 

Exactement, ces matchs nous donnent de la confiance et apportent beaucoup de joie au groupe. Pour l’instant, on fait un très bon parcours. Ils sont une preuve qu’il y a de la qualité dans le groupe et qu’on pourrait tout à fait faire de bons matchs en championnat.

Quels sont les objectifs sur cette deuxième partie de saison ? 

Comme je l’ai dit on veut aller chercher le maintien et pourquoi pas passer un tour en Coupe pour atteindre les demi-finales. 

Tu as connu tous les échelons du football portugais. Qu’est ce qu’il te plaît dans le football portugais ?

Déjà, je n’ai fait que de monter. Ici, la plupart des équipes essayent toujours de jouer, ça commence par le gardien qui va relancer court. Et ça, poser la balle j’aime bien, ça correspond à mon style. Je suis certes grand et physique, mais j’aime jouer au ballon.

En dehors du football, la vie au Portugal ?

J’aime bien ! Paços est une petite ville très calme, mais je suis à côté de Porto, j’essaye d’y aller en dehors des entraînements. Sinon je reste chez moi, je fais la sieste et regarde des films et séries. Top boy c’est pas mal d’ailleurs ! 

Mohamed Diaby : « Petit, c’était un peu chiant d’être comparé à Abou »

Les gens ne le savent peut être pas, mais tu es le petit frère d’Abou Diaby. Il te donne des conseils ?

Oui, il me conseille toujours que ce soit sur la vie de tous les jours ou sur le football. Quand il a le temps, il vient me voir jouer et après on débriefe un peu.

Comment as-tu vécu la comparaison avec lui ? 

On m’en parle un peu. Maintenant, ça va mieux, mais quand j’étais petit c’est vrai que c’était un peu chiant, mais il faut faire avec. Ça reste néanmoins une fierté, mais j’essaye de faire mon chemin. On a des similitudes, mais pas tout à fait la même manière de jouer. Abou reste un exemple, car sur le terrain et dans la vie, c’est un homme bien. Je m’inspire de lui.

Mohamed aux côtés de son frère Abou

Trivela tient à remercier Mohamed Diaby pour sa disponibilité.

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