Trivela

Le foot portugais

Portrait : Eric Dier, le plus portugais des footballeurs anglais

Doté de la double nationalité anglo-portugaise et formé dans les écoles du Sporting, l’international anglais Eric Dier, qui évolue à Tottenham, possède un parcours hors du commun.

Eric Dier. Ce colosse qui frise le mètre 90 et qui, pour beaucoup, représente l’archétype du footballeur anglais : grand, costaud, crane rasé et doté d’un accent prononcé. Mais en réalité, peu de personnes savent que le natif de Cheltenham possède une histoire hors du commun, écrite principalement au Portugal. Retour sur le parcours du plus portugais des footballeurs anglais.

Une formation “à la Sporting”

Alors qu’il n’a que 7 ans, Eric Dier quitte son Angleterre natale pour s’installer au Portugal. D’abord dans le sud, dans l’Algarve, puis, deux ans plus tard, dans la capitale, à Lisbonne. En 2003, les parents du jeune garçon déjà naturellement attiré par le football l’inscrivent dans les écoles du Sporting, reconnues pour faire partie des meilleurs d’Europe avec notamment Luis Figo en figure de proue. “L’école de la vie”, c’est ainsi qu’il appelle l’académie du Sporting dans un entretien accordé à la BBC lors de ses débuts dans le monde professionnel. “Le club t’enseignais, en premier lieu, à respecter ton adversaire”, rajoute-t-il.

L’Anglais réalise toutes ses classes au sein des verts et blancs. A ses 13 ans, Eric Dier découvre qu’il peut évoluer aussi bien en tant que défenseur central qu’en position de milieu de terrain défensif. “Au Sporting, un bon joueur, c’était avant tout quelqu’un qui savait analyser ses erreurs pour ne plus les commettre”, explique-t-il, avant d’ajouter : “Un mauvais joueur, c’est celui qui répète les mêmes erreurs deux fois. Je me rappelle qu’en jeunes, mes entraîneurs restaient tous le match sur le banc, comme ça, nous arrivions à trouver nos erreurs nous-mêmes, ça nous faisait évoluer plus vite.”

Eric Dier sous les couleurs du Sporting

Retour à la maison pour Dier

A l’âge de 17 ans, Eric Dier pose ses valises à Liverpool. Son club, le Sporting, décide de le prêter une saison dans le club d’Everton pour l’aider à se renforcer physiquement. Mais dans son pays natal, le joueur se retrouve rapidement déboussolé. “Mon passage à Everton était un véritable cauchemar”, a-t-il déclaré dans un entretien au Guardian. “La façon de vivre, les gens, la météo, même l’accent, c’était dur pour moi, bien que je sois anglais”, enchaîne Eric Dier.

Et pourtant, ce premier contact avec le football de son pays lui a apporté plusieurs bonnes choses. “A mes yeux, si tu possèdes 50% du jeu portugais et 50% du jeu anglais, c’est un mix parfait. J’ai découvert le football anglais grâce aux conseils de mon père. Il voulait que je m’endurcisse, et je crois que j’ai pris la meilleure décision que pouvait prendre un jeune joueur venant du Portugal”, poursuit-il. Malgré une phase d’adaptation difficile, l’actuel international anglais joue régulièrement en équipe réserve d’Everton, et parvient même à participer à quelques entraînements avec l’équipe première.

L’éclosion dans son pays adoptif

A 18 ans, Eric Dier retourne au Sporting. Son entraîneur de l’époque, un certain Jesualdo Ferreira, voit très rapidement le potentiel qui émane du jeune anglais, aussi à l’aise techniquement que solide physiquement. “Quand je suis arrivé au Sporting, Eric était le jeune joueur qui avait le plus gros potentiel, celui qui avait le plus de chance de devenir un joueur de très haut niveau”, affirme l’actuel entraîneur de Boavista dans les colonnes d’A Bola en 2016. “Il pouvait jouer à plusieurs postes. A l’époque il était très jeune, mais sur le terrain, il se comportait comme un adulte”, se souvient l’ancien entraîneur du Sporting. Le technicien portugais le lance alors dans le grand bain. A Lisbonne, Eric réalise deux saisons avec l’équipe première des Leões, joue 32 matchs, et inscrit même son premier but chez les grands.

Le premier but de la carrière d’Eric Dier, son seul avec le Sporting

De jeune talent à joueur confirmé

Ses bonnes prestations attirent l’œil des clubs anglais. A l’été 2014, Tottenham s’attache les services d’Eric Dier pour près de 5 millions d’euros. “Cette fois-ci, ça n’a pas été un trop gros choc culturel, mais mes débuts ont été un peu compliqués”, se remémore l’Anglais dans une interview accordée au Guardian. “Je pense que certaines personnes oublient que je suis essentiellement un joueur étranger. Je suis anglais, mais ma situation ressemble plus à celle des jeunes joueurs étrangers qui viennent jouer en Premier League pour la première fois. Il me fallait un temps d’adaptation”, poursuit-il.

Déterminé à s’imposer dans son nouveau club, Eric Dier décide même de faire l’impasse sur le mythique Tournoi de Toulon, avec la sélection U21 anglaise, afin de se concentrer sur son intégration en terre londonienne. A l’époque, ce choix avait créé une légère discorde auprès de certains fans anglais, qui pensaient alors que le nouveau joueur de Tottenham avait refusé de défendre l’Angleterre dans l’attente d’une sélection avec le Portugal. Le principal intéressé a aussitôt éteint les braises, en affirmant que, malgré sa double nationalité, il avait toujours voulu porter le maillot anglais.

Depuis, Eric Dier est devenu une telle référence dans le football anglais qu’on en oublierait presque son parcours atypique, si loin de son pays natal. Appelé pour disputer l’Euro 2016, puis la Coupe du Monde 2018 avec les Three Lions, Eric Dier compte, à 26 ans, pas moins de 43 sélections, et approche à grands pas des 200 matchs disputés en Premier League (189). Ceci dit, son attachement à son “deuxième pays”, le Portugal, nous laisse imaginer qu’un jour, le talentueux produit de la formation du Sporting pourrait revenir fouler les pelouses portugaises.

Crédit photo : IconSport

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