Entretien – Amine Oudrhiri : « J’ai beaucoup appris au Portugal »

Amine Oudrhiri

Auteur d’une saison 2020-21 remarquée avec Farense en première division portugaise, Amine Oudrhiri a récemment rompu son contrat avec le club portugais, et semble déterminé à retrouver un projet solide pour continuer sur sa lancée. En exclusivité pour Trivela, le milieu de terrain de 29 ans est revenu sur son parcours et notamment sur les quatre saisons passées au Portugal.

Bonjour Amine et merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, nous aimerions revenir sur ton parcours, d’abord en formation, puis tes débuts en professionnel du côté de Nantes.

En ce qui concerne ma formation, j’ai joué au PSG, puis je suis parti deux ans à Valenciennes avant de revenir au Paris Saint-Germain. En tout, j’ai fait quatre ans au PSG. Après ça, j’ai joué deux ans au Racing CF, en U19 nationaux puis en CFA 2. J’ai ensuite signé au Red Star, en National. Je suis entré dans l’équipe au bout du cinquième match puis j’en suis plus ressorti, j’ai fait une saison pleine. L’été qui suit, Nantes est venu me chercher mais ça ne s’est pas fait. Ils sont revenus à la charge durant le mercato hivernal et c’est comme ça que j’ai signé à Nantes.

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Comment se passe ce premier contrat pro chez les Canaris ?

A Nantes, je passe un an durant lequel je m’entraîne avec l’équipe pro et je joue le week-end avec la réserve. Puis après on a décidé de me trouver un prêt de six mois en Ligue 2, à Arles Avignon à l’époque. Je joue le premier match, puis je me blesse à la cheville ce qui me rend indisponible pendant trois mois. Quand je suis revenu, j’ai pu jouer le dernier match, donc en tout, je n’ai pu jouer que deux matchs en Ligue 2. Quand je suis revenu à Nantes, étant donné que je n’avais pas beaucoup joué durant mon prêt à cause de ma blessure, je me suis refait prêter, cette fois-ci à Sedan. Là-bas j’ai fait une saison pleine durant laquelle j’ai joué la plupart des matchs.

Après Sedan, retour à Nantes… Comment ça s’est passé ?

Après la saison à Sedan, le coach de Nantes René Girard a eu mon agent au téléphone, il lui a dit que j’allais faire la préparation physique avec le groupe professionnel et que si j’avais le niveau, je resterai pour la saison. Sinon, je devais aller me chercher une nouvelle opportunité. On était ok, parce que de mon côté, c’était surtout avec Der Zakarian que ça ne matchait pas, mais une fois qu’il était parti, je me suis dit que j’avais toutes mes chances.

Une semaine avant la reprise, le fils du président, Franck Kita, m’a appelé pour me dire que je n’étais pas obligé de revenir à la reprise, que je n’avais plus de contrat avec eux et qu’ils avaient un papier qui signifiait que j’avais laissé tomber ma dernière année de contrat avec Nantes. C’était faux, ils me l’ont fait à l’envers, comme ça. A partir de là, je ne suis pas retourné à Nantes. Il me restait un an de contrat avec eux et je ne pouvais signer nulle part ailleurs parce que pour la LFP, j’étais encore sous contrat. A cause de ça, je suis resté six mois sans club, sans pouvoir jouer nulle part.

Et puis, tu quittes la France pour le Portugal…

En décembre j’ai eu l’opportunité de rejoindre Leixões, en deuxième division portugaise. Au départ, je voulais jouer en première division, mais comme je sortais de six mois sans jouer, je me suis dit pourquoi pas. Je n’avais jamais quitté la France donc j’ai tenté le coup, je suis allé au Portugal et ça fait quatre ans que j’y suis maintenant.

Comment se sont passés les premiers contacts avec le club ?

A l’époque, un agent avait montré une vidéo de moi au président, qui avait adoré mon style de jeu. Il avait demandé à me voir. Je suis allé à Leixões pour m’entrainer un petit peu et ça s’est bien passé, donc ils m’ont gardé.

Quand j’arrive là-bas, ils avaient atteint le nombre maximal de joueurs inscrits. J’ai dû faire un choix, soit je restais avec eux jusqu’à la fin de la saison pour m’entraîner, sans jouer, soit je partais en prêt dans une D3 pour pouvoir faire des matchs. Comme j’étais déjà resté six mois sans jouer je suis allé en prêt pendant six mois au Lusitano FCV pour prendre du rythme et avoir du temps de jeu.

Sur tes premiers mois au Portugal, ressens-tu une différence d’approche footballistique avec la France ?

C’est sûr, ça n’a rien à voir. En France le football est beaucoup plus physique, il y a plus de contacts, ici c’est tout avec ballon. Rien que sur les préparations d’avant-saison, depuis que je suis au Portugal, on a toujours touché le ballon, même sur les premiers entraînements. En France, on court beaucoup plus. Quand on fait les stages, c’est très axé sur le physique. Ici ça essaie de jouer davantage. Après, bien sûr, il y a des entraîneurs qui vont plus travailler le foncier que d’autres mais en règle générale, si on compare avec la France, ça n’a rien à voir.

Après six mois en D3, tu reviens à Leixões, où tu t’imposes assez rapidement…

Quand je suis revenu du prêt, j’étais sur le banc. Puis il y a eu un changement d’entraîneur. Avec le nouveau coach, j’ai tout de suite commencé à jouer, j’ai eu la chance d’enchaîner les matchs. A la fin de la première saison j’étais censé signer en première division portugaise mais ça ne s’est pas fait, le club en question a eu des soucis financiers.

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Tu deviens petit à petit un joueur abouti de D2 portugaise, j’imagine que tu commences de plus en plus à vouloir toucher le plus haut niveau national ?

En France je n’ai pas eu la chance de jouer en première division. Je voulais voir si j’avais le niveau. Je voulais toucher le plus haut niveau au Portugal pour voir ce que c’était, et si j’étais à la hauteur. Après, je me sentais bien à Leixões, c’est un club qui m’a très bien accueilli, m’a beaucoup aidé. Encore aujourd’hui, j’ai une relation très forte avec le club, le président et tout le monde là-bas. Le président m’a toujours aidé, c’est devenu un ami. Le directeur sportif aussi m’a beaucoup aidé. Les Portugais sont des gens très chaleureux, c’est un pays où on s’acclimate assez facilement.

La barrière de la langue n’a pas été problématique ?

Au début c’était un peu difficile. Je parle anglais donc je parlais anglais avec tout le monde, mais je me suis rapidement dit qu’il fallait que j’apprenne le portugais parce que ça rendait la communication beaucoup plus facile. Rien que pour comprendre les consignes des entraîneurs… Je me suis mis dedans rapidement, sans cours, juste en parlant avec les autres joueurs.

Après trois saisons pleines au Portugal, tu découvres enfin la première division en signant à Farense, qui remonte dans l’élite et qui tente de se restructurer avec un projet de nouvelles infrastructures, un partenariat avec l’Olympique Lyonnais, plusieurs recrues majeurs…

Il me semble que je suis la première recrue du club cet été là. Quand ils sont venus me chercher, j’étais très content parce que c’est un club de première division et c’est ce que je voulais depuis que je suis arrivé au Portugal. J’ai dit oui directement. J’avais joué contre eux donc ils me connaissaient déjà par rapport au championnat.

Dès tes débuts en première division portugaise, tu surprends par ton aisance et tu donnes l’impression de te montrer déjà au niveau sans avoir eu besoin de temps d’adaptation. Comment tu l’expliques ?

J’ai eu la chance d’avoir un entraîneur qui m’a fait confiance très rapidement. Je voulais montrer que j’avais ma place, que je méritais d’être là, que ce n’était pas un coup de chance ou quoi. J’ai beaucoup travaillé. Pour une première saison en Liga je ne pensais pas faire autant de matchs, j’avais dit à ma famille que si j’en faisais 15, c’était déjà joli. Au final j’ai joué tous les matchs sauf deux : un pour blessure et l’autre pour suspension parce que j’ai pris cinq cartons jaunes.

Tu as un match-référence qui te vient en tête ?

Peut-être celui à Guimarães durant lequel je suis élu homme du match, ou la double-confrontation contre Benfica aussi. Je dirais plus Benfica. Je me souviens de celui contre Gil Vicente aussi, à domicile.

On t’a connu numéro dix durant tes premières années en pro, tu joues maintenant dans une position légèrement plus reculée, dans le cœur du jeu. Comment expliques-tu ce changement de poste ?

Quand j’étais au Red Star on jouait à trois au milieu de terrain et j’étais le plus offensif, comme un 10. Quand je suis arrivé au Portugal, le premier coach m’a fait jouer devant la défense et ça m’a plu. J’ai pris du plaisir à ce poste. Comme le football portugais est un peu moins physique et plus technique, ça m’allait parfaitement, donc j’ai continué à jouer comme ça. Aujourd’hui, au Portugal, je suis considéré comme un 6 ou un 8. Je n’ai pas forcément de préférence, que ça soit en 8 ou en 6, tant que je suis au milieu et que je suis sur le terrain, ça me va.

Qu’est-ce que ce changement de poste a changé dans ton jeu ?

Ça m’a fait apprendre. Avant j’étais beaucoup plus porté vers l’attaque. Les tâches défensives, je les faisais mais beaucoup moins qu’aujourd’hui. Maintenant j’ai un autre rôle, c’est bien, ça me permet d’élargir mon jeu. Aujourd’hui je continue d’apprendre. C’est sûr que ça a changé, je dois plus défendre, chercher constamment à équilibrer l’équipe, même quand on a le ballon. J’ai une rigueur tactique plus importante aujourd’hui, je fais plus de travail de l’ombre. Je reste un joueur qui aime avoir le ballon dans les pieds, mais j’ai aussi la faculté de courir énormément. Les entraîneurs disent souvent que je suis un joueur intense.

Quel bilan peux-tu réaliser à propos de ta saison ?

Sur le plan collectif ça a été difficile parce qu’on n’a malheureusement pas pu se maintenir, mais sur le plan personnel, c’était une saison très enrichissante. Jouer contre Porto, contre Benfica… tant de grands joueurs habitués à jouer la Ligue des Champions… Ça permet de se jauger, de voir tout le travail qu’il reste à faire. J’ai beaucoup appris.

En parlant de ces équipes, est-ce que tu as senti une ambiance particulière à l’approche des matchs face aux plus grosses équipes du championnat ?

Ouais c’est sûr, quand on sait qu’on joue contre Porto en fin de semaine, ça se sent à l’entraînement. Tout le monde veut se montrer et prouver au coach qu’il a sa place parce que ce sont des matchs que personne ne veut rater. Concernant l’approche, ça dépend du chacun, certains vont dire de fermer le jeu et de jouer en contres, d’autres vont plutôt dire qu’on n’a rien à perdre. Moi, j’abordais les matchs dans ce sens-là. Ce sont des matchs magnifiques à jouer, ça dure une heure et demi, alors il faut essayer d’en profiter et faire le maximum, et puis on verra le résultat.

Qui dit grandes équipes dit également grands joueurs… Peux-tu nous parler de certains adversaires qui t’ont marqué ?

Au Portugal il y a beaucoup de grands joueurs. Celui que j’aime beaucoup, en tant que Marocain mais aussi en tant que milieu de terrain, c’est Adel Taarabt. J’ai joué contre lui, techniquement il est très à l’aise. Après, il y a d’autres joueurs que j’ai trouve très forts, comme Rafa, ou même Jesus Corona. Quand il veut, il est injouable.

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Tu as aussi évolué durant une saison aux côtés de Ryan Gauld, qui était généralement considéré comme l’un des hommes forts de Farense…

C’est un joueur qu’on est content d’avoir dans son équipe. On sait qu’il peut débloquer la situation à n’importe quel moment, et puis il est facile balle au pied. Au-delà de ça, ce n’est pas un joueur qui va oublier de défendre, bien au contraire. C’est un très, très bon joueur.

Malheureusement, malgré de belles performances collectives, vous n’avez pas réussi à vous maintenir dans l’élite. De l’extérieur, on a eu l’impression que Farense méritait mieux, et était souvent victime d’erreurs d’arbitrages et de ses quelques erreurs individuelles. Qu’en penses-tu ?

On avait tous ce sentiment et ça rendait notre saison encore plus frustrante. Je ne vais pas me mettre en position de victime mais c’est vrai qu’on n’a pas été aidé. Il y a eu des décisions litigieuses contre le Sporting, contre Porto… Plein d’actions où ça ne tourne pas en notre faveur. Sur tous les matchs qu’on a joués, à part contre Porto où on prend un rouge à la demi-heure de jeu, on a toujours été au niveau. Et comme tu le dis, on payait chère toutes nos erreurs. On rentrait souvent à la maison sans point, ou avec un seul point en se disant qu’on méritait mieux. C’est vrai que ça a été dur.

Une saison qui peut nourrir des regrets ?

On essayait de jouer, on aurait peut-être dû fermer un peu plus le jeu, comme le font beaucoup d’équipes qui ont besoin de points. Ce n’est pas forcément ce qu’on a fait, même contre les gros. On jouait notre chance à fond, on essayait de jouer, d’attaquer. Il y a des équipes qui montraient un peu moins que nous, mais au final c’est elles qui avaient le plus de points.

Après cette saison, quel regard portes-tu sur la première division portugaise ?

Au Portugal, ce n’est pas encore comme l’Espagne, mais il y a beaucoup d’équipes qui essaient de jouer. Déjà, chez les gros, tous essaient de jouer, de repartir depuis l’arrière. Quand je dis les gros, je mets aussi Braga et le Vitoria dans le lot. Tous les matchs sont difficiles, c’est un championnat disputé. Il y a les trois, voire quatre gros qui se dégagent mais ça reste globalement un championnat très compétitif.

A la fin de la saison, tout le monde s’attendait à te voir quitter Farense. Tu sors d’une bonne saison sur le plan individuel, le club est relégué… Tout était réuni pour partir dans un autre club de première division, non ?

Honnêtement, je pensais partir. J’étais persuadé que j’allais rester en première division portugaise ou partir à l’étranger. Il se trouve que Farense veut absolument monter en fin de saison, le club veut garder ses bons éléments et n’a pas accepté les propositions que j’ai eu. J’avais encore un an de contrat donc j’ai dû rester. J’ai eu des contacts en première division portugaise et à l’étranger, ça m’intéressait mais bon, le club m’a bloqué.

Après 9 matchs disputés en D2, tu as finalement résilié ton contrat. Comment ça s’est passé ?

Une fois que le mercato s’est terminé je me suis mis à fond dans le projet de Farense. C’est un club qui m’a permis de découvrir le plus haut niveau, donc j’étais à fond. Après, là, il y a eu un petit problème, donc avec mes agents on a décidé de résilier. Cela s’est fait rapidement, ce n’était pas prévu, pas réfléchi, c’est arrivé sur le coup, on a décidé de partir.

Aujourd’hui, tu t’entraînes seul en attendant de retrouver un projet ?

En ce moment je m’entraine avec un préparateur physique. Ce n’est pas la même chose, j’ai besoin de retrouver un groupe, un vestiaire, mais bon, on continue. Ça commence à bouger pour moi donc ça va.

Qu’est-ce que tu espères pour le reste de la saison ?

J’aimerais bien retrouver un club de première division, je suis à l’écoute de toutes les propositions. Pour le moment, j’aimerais rester encore au Portugal. Il y a l’aspect financier qui entre aussi en compte, c’est notre métier, on joue aussi pour ça, donc s’il y a un bon contrat à l’étranger il faudra y réfléchir, mais ma priorité aujourd’hui c’est de rester au Portugal.

Toute l’équipe de Trivela tient à remercier Amine Oudrhiri pour cet entretien.

Crédit photo : IconSport

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