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Le foot portugais

FC Porto – Le 4-3-3, timide retour vers l’ADN d’antan ou épiphénomène ?

Porto

L’analyse de Famalicão – FC Porto

Dans le cadre de la 8ème journée de la Liga NOS, Porto accueillait l’insolite leader du championnat Famalicão, dans un Dragão à guichets fermés. Dans un contexte difficile, qui avait tout du post traumatique suite au non-match face aux Rangers en Europa League, cette rencontre s’annonçait comme un réel défi. Non seulement vis à vis de la possibilité de prendre les reines du championnat mais aussi, et surtout, de proposer une toute autre partition que celle de jeudi dernier.

Un XI inédit pour Porto et un changement tactique payant atténuant le football restrictif habituel

C’est à la surprise générale que Sergio Conceição a laissé « le meilleur joueur, dans les transitions, qu’il ait entraîné » en la personne de Moussa Marega, en dehors de la feuille de match. Mais le plan de jeu de Conceição ne s’arrête pas là en matière de surprises. Toute aussi surprenante, la titularisation de Wilson Manafa en lieu et place d’Alex Telles, qui n’avait pas coutume de se reposer sous les ordres de Conceição (très bel euphémisme n’est-ce pas?), ainsi que celle de Mbemba en tant que latéral droit laissait supposer une préparation spécifique s’adaptant à l’adversaire du soir.

Parallèlement, tactiquement, un changement de paradigme s’est opéré avec l’inclusion d’Otavio dans le cœur du jeu, en tant que milieu le plus créatif (sa zone de confort, celle où ses qualités s’exhibent plus naturellement) devant la paire habituelle Danilo Uribe.

Devant eux, le virevoltant Luis Diaz explorant les zones plus intérieures du terrain (asymétrie du 4-3-3), Tiquinho et Corona, qui retrouvait la place lui conférant un plus grand protagonisme offensif, incarnaient un trident offensif inédit.

On a donc assisté à un retour au 4-3-3 ayant été, durant de nombreuses années, partie intégrante de l’ADN du club et duquel l’institution s’était détachée ces dernières années, sans trop de succès (décidément l’art de l’euphémisme est manié à merveille).

Le contenu

Une toute autre animation …

L’absence de Marega contribue, inexorablement, à l’émergence d’un contenu de meilleure facture. La propension qu’avait l’équipe à user des longs ballons, à rendre stéréotypé son jeu de par : une construction en U incessante, l’utilisation des latéraux ouverts pour abuser des centres, et la non-exploitation du couloir central du fait de lignes bien trop espacées créant un no man’s land dans ce secteur (problème structurel inhérent au schéma de jeu de Sergio Conceição), entre autre, n’a, dès lors, dans ce nouveau schéma, plus lieu d’être.

Cela s’explique, également, par le positionnement d’Otavio qui a, non seulement, permis de réduire l’espace entre les lignes du milieu et de l’attaque mais aussi, redéfinit les rôles dans le cœur du jeu, libérant ainsi Uribe. Ce dernier a d’ailleurs été beaucoup plus dangereux qu’à l’accoutumé du fait d’une plus grande liberté positionnelle lui permettant d’explorer des zones plus avancées, notamment le dernier tiers du terrain où il a sollicité Defendi à plusieurs reprises à travers sa qualité de frappe de balle. C’est donc cette redéfinition des rôles au milieu de terrain, s’illustrant par un premier relanceur ayant pour rôle de trouver la première liaison (Danilo, le plus souvent), un second acteur capable d’orienter le jeu (Uribe / Otavio) et un troisième plus à même d’explorer les espaces et faire preuve d’une intelligence positionnelle (placement entre les lignes notamment) dans des zones plus hautes (Otavio) qui a dynamiser le cœur du jeu et permis un plus grand protagonisme avec ballon.

Parallèlement, l’asymétrie permise par Luis Diaz, qui se positionnait dans des zones plus axiales attirant avec lui son vis à vis au marquage et travaillant afin de favoriser l’exploration de l’espace par Manafa sur son aile gauche, a permis de maximiser sa capacité à s’associer à ses partenaires à travers la création de lignes de passes corollaires de sa liberté positionnelle. À l’inverse, Mbemba, quant à lui , veillait à l’équilibre défensif (phénomène compensatoire) et ne jouissait pas de tant de liberté. Celle-ci était, dès lors, acquise par Corona qui a, comme à son habitude cette saison, répondu présent en assumant son statut de leader technique.

Dans la mesure où les lignes sont moins espacées, et qu’elles sont utilisées pertinemment de par le positionnement de chaque acteur vis à vis de la zone lui étant dédiée, alors, on favorise la création de triangles propres au football associatif. Oui, ce n’est qu’une ébauche de ce dernier car bon nombre d’incohérences peuvent encore être signalées, notamment la titularisation d’un central au poste de latéral (cc Mbemba). Une situation qui n’avait guère été synonyme de succès avec Militao l’an passé. Également, dans la phase de relance, la tendance qu’ont les centraux à chercher la profondeur via des longs ballons conduisant à des duels aériens paupérisent la dynamique collective et ne contribuent pas à se prémunir des transitions pouvant en découler. Il serait intéressant de parvenir à tenir son plan de jeu pendant 90’.

Luis Diaz explore les zones plus axiales laissant le couloir à Manafa et maximise, ainsi, sa capacité à s’associer à ses partenaires à travers la création de lignes de passes concomitant à sa liberté positionnelle.

… et un pressing de qualité…

Il convient de signaler que la lecture de ce qu’allait être le match et la préparation effectuée en amont par le groupe a été pertinente. Conceição l’a d’ailleurs bien expliqué en conférence de presse post-match. L’inclusion d’Otavio dans le cœur du jeu a eu pour conséquence la densification de ce secteur de jeu et a permis de conditionner, à travers un pressing haut, en s’installant dans le camp adverse, l’un des aspects clé de la philosophie de jeu de Famalicão : la création à partir de la zone la plus reculée.

Lignes de Famalicão trop espacées. Intelligence positionnelle et situationnelle côté Porto qui contribue à la récupération du ballon par Otavio. Le but de Luis Diaz intervient suite à cette récupération.

D’ailleurs, les infimes situations dangereuses pour Famalicão, que l’on a pu observer, témoignent du succès du pressing mis en place. Ce succès s’illustre également par les actions des buts de Luis Diaz et Fabio Silva. Dans le premier cas, on a assisté à une récupération haute d’Otavio ( le fameux 3e homme du milieu) entraînant une situation de 3 vs 1 et, dans le second, c’est le parfait quadrillage de Fabio Silva, Corona et Otavio qui a permis à Fabio Silva de devenir le plus jeune joueur de l’histoire à marquer pour Porto. Un record pour un surdoué.

En définitive, il ne fait nul doute que prioriser la capacité technique et l’intellect pour résoudre des problèmes structurels devenus partie intégrante d’un schéma tactique, au long des années, sous le règne de Conceição, est une solution aux maux du FC Porto. Le retour au 1-4-3-3 coïncidant avec l’ADN de jeu des années les plus glorieuses de l’institution est un pas en avant. Mais sera-t-il reconduit dès mercredi ? Rien n’est moins sûr. S’en être éloigné, à l’instar du Barça sous Valverde, a conduit Porto, bien souvent, à un marasme tactique des plus criants.

Par extension, certains noms doivent être mis en valeur et légitimés. Plus esthètes qu’impétueux, Diogo Leite, Fabio Silva ou encore Tomas Esteves représentent cette catégorie de joueurs que le JEU réclame.

À bon entendeur.

Crédit photo : Icon Sport

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