À 26 ans, l’ailier de l’AC Milan va participer pour la deuxième fois à une Coupe du monde, un événement planétaire qui constituera une parenthèse après une saison compliquée.
Un rendement en baisse
Arrivé il y a maintenant près de sept ans du côté de la Lombardie, Rafael Leão est parvenu à grandir à l’AC Milan en côtoyant des joueurs de classe mondiale tels que le Suédois Zlatan Ibrahimović, Mario Mandžukić ou encore le taulier Simon Kjær, qui l’ont pris sous leur aile. Montrant tout son potentiel offensif, l’ancien joueur du Sporting CP est rapidement devenu le chouchou de San Siro grâce à ses dribbles chaloupés et à son insouciance, qui ont fait vibrer les supporters rossoneri en quête d’un nouveau souffle.
Ne remportant plus le championnat depuis 2011, en raison de l’hégémonie de la Juventus Turin, l’ailier virevoltant a réussi à mettre un terme à cette longue période de disette en contribuant au dix-neuvième Scudetto de l’AC Milan. Élu meilleur joueur du championnat lors de cette même saison, le Portugais avait réalisé un exercice 2021-2022 prometteur pour la suite de son aventure milanaise.
Ayant changé de statut au sein du club mais également en Serie A grâce à plusieurs saisons abouties sur le plan individuel, il n’est malheureusement pas parvenu à reconduire l’AC Milan au sommet du championnat italien. L’arrivée de Massimiliano Allegri cette saison a notamment eu un impact négatif sur l’ancien joueur formé au FC Amora. Réputé pour sa rigueur tactique et son pragmatisme, le technicien italien n’a pas réussi à faire évoluer le Portugais de la meilleure des manières au cours d’une saison durant laquelle les blessures et un nouveau système de jeu ont contrarié ses performances.
En exclusivité pour Trivela.fr, nous avons recueilli l’avis de l’ancien préparateur physique des U17 du Sporting CP, Filipe Antunes, qui a côtoyé Rafael Leão :
« C’est vrai qu’il a manqué plusieurs matchs cette saison, ce qui est inhabituel. Malgré cela, je trouve que sa saison, avec 10 buts inscrits et 3 passes décisives en 31 matchs, est plutôt bonne. De ce que je connais de Rafael, lorsqu’on regarde ses qualités, on a tendance à vouloir davantage de lui. Je pense que ses blessures musculaires sont certainement liées à une adaptation à un nouveau poste et aux exigences du coach. J’ai travaillé avec Rafael Leão, je connais son talent et j’aimerais le voir avec un rendement plus élevé car il a le potentiel pour devenir Ballon d’Or. C’est vrai qu’il a réalisé de belles saisons, mais on a toujours le sentiment qu’il peut donner davantage. Selon moi, cela relève d’un manque de maturité dans la compréhension de ce qu’il doit apporter durant les matchs. Il a évolué dans une nouvelle position cette saison et cela peut expliquer la baisse de ses statistiques. »
Auteur d’une saison sans véritable relief avec 10 buts et 3 passes décisives, le Portugais a été ciblé par des tifosi mécontents de ses performances. Filipe Antunes a également donné son point de vue sur cette frustration des supporters :
« Je pense que Rafael se trouve dans une phase fondamentale de sa carrière. À 26 ans, au vu de ses qualités, il est normal que les supporters attendent qu’il soit décisif et qu’il s’impose comme un leader, à l’image des grands joueurs qui parviennent à faire la différence régulièrement. Rafael ne le fait encore que par intermittence. Il a récemment annoncé son souhait de quitter l’AC Milan, mais je crois qu’il peut encore gagner en maturité. Certains pensent qu’il perdra en explosivité et en vitesse avec le temps, et cela pourrait être vrai dans une certaine mesure. Cependant, son talent restera toujours présent et cette maturité pourrait lui apporter la régularité qu’il n’a pas encore démontrée.
Nous avons également observé ce type de situation en équipe nationale, ce que notre sélectionneur a même salué comme un signe de bon esprit collectif. Heureusement que cela s’est produit lors d’un match amical, car cela a permis à Leão d’en tirer des enseignements. Je ne remets pas en cause son esprit d’équipe ; c’est un garçon formidable, très apprécié par ses coéquipiers. Il doit toutefois comprendre ses limites et les attitudes qu’il doit adopter pour le bien de l’équipe. Il éprouve encore parfois des difficultés à intégrer cela.
Je vois énormément de qualités en lui. Je souhaite vraiment l’accompagner afin qu’il les exprime pleinement car, je le répète, je vois en Rafael un attaquant au potentiel exceptionnel. Je me souviens encore de notre premier entraînement ensemble chez les U17 du Sporting. Rafael était un talent phénoménal : il enchaînait les buts après des dribbles spectaculaires et réalisait même des retournés acrobatiques. C’est un joueur doté de qualités physiques et techniques largement supérieures à la moyenne. Il demeurait néanmoins très imprévisible sur le plan tactique, et il l’est encore aujourd’hui. Je pense que la maturité lui permettra de corriger cet aspect, tant sur le plan tactique que sur les plans psychologique et mental. »
Malgré une saison en dents de scie, Rafael Leão a tout de même été retenu par Roberto Martínez pour la Coupe du monde. Une convocation qui pourrait s’avérer décisive pour la suite de sa carrière internationale.
Une influence en perte de vitesse en Seleção ?
Considéré comme l’une des plus belles promesses de la génération 1999, qui a notamment remporté l’Euro U17 en 2016, Rafael Leão n’a cessé d’impressionner par ses qualités hors normes. Progressant au sein des différentes sélections de jeunes du Portugal, il a progressivement confirmé son potentiel dans le monde professionnel avant de connaître ses débuts avec la Seleção en 2021.
Apportant des qualités offensives différentes et particulièrement incisives sur les ailes, Rafael Leão a longtemps incarné le rôle de dynamiteur lors de ses entrées en jeu sous Fernando Santos. Percutant et capable de changer le visage d’un match, l’ancien joueur du Sporting CP a pris une nouvelle dimension au sein de la sélection portugaise en devenant titulaire sous les ordres de Roberto Martínez.
Cependant, si son talent offensif demeure incontestable, ses lacunes défensives ont progressivement ouvert la porte à une concurrence de plus en plus forte. Francisco Trincão, Pedro Neto ou encore Francisco Conceição présentent des profils jugés plus complets. Filipe Antunes a réagi à cette concurrence accrue à l’approche du Mondial :
« Mon ressenti est que Rafael peut avoir quelques difficultés face à cette concurrence car Francisco Trincão, Pedro Neto et Francisco Conceição sont des joueurs plus complets sur l’ensemble d’un match. Il existe quatre phases dans une rencontre : l’organisation offensive, la transition défensive, l’organisation défensive et la transition offensive. Rafael est phénoménal en transition offensive et bon dans l’organisation offensive. En revanche, dans les phases défensives, il est moins performant.
J’ai vu des moments où il a réalisé des efforts défensifs, mais cela n’est pas encore quelque chose d’instinctif chez lui. C’est un aspect qu’il doit développer pour devenir un joueur d’un autre calibre. On pourrait prendre l’exemple de Cristiano Ronaldo, qui n’a jamais été une référence défensive et qui a pourtant réalisé une carrière exceptionnelle.
Lorsque l’on regarde de près l’utilisation de Rafael Leão, on constate qu’il a souvent été utilisé comme remplaçant. Je pense que durant cette Coupe du monde, le Portugal aura la maîtrise du jeu dans de nombreuses rencontres. Dans ce type de contexte, il faut souvent débloquer les situations grâce à des actions collectives. Rafael est davantage un joueur de un contre un. Il peut apporter offensivement, mais son apport défensif reste problématique.
Le Portugal recule parfois davantage car la présence de Cristiano Ronaldo en pointe implique un pressing moins intense, une situation à laquelle l’équipe s’est adaptée. Le problème peut apparaître lorsque Cristiano et Leão évoluent ensemble, car cela risque de déséquilibrer l’équipe.
Rafael doit comprendre cette réalité et faire davantage. Il doit être présent au bon moment et marquer des points. Pour l’instant, ses performances en équipe nationale ne sont pas encore à la hauteur de son potentiel. Il dispose toujours d’une importante marge de progression, notamment dans l’organisation défensive. Son concurrent direct, Pedro Neto, apparaît aujourd’hui plus régulier dans ce domaine. Je pense donc que le sélectionneur devrait lui faire confiance au début du tournoi. De nos jours, la polyvalence et l’équilibre sont devenus essentiels à ce poste. »
Resté discret lors de son dernier match de préparation face au Chili, au cours duquel il a écopé d’un carton rouge, Rafael Leão devrait débuter la compétition sur le banc. Moins influent ces derniers mois, l’ailier milanais traverse une période délicate.
Toutefois, ses qualités de percussion et de déséquilibre pourraient s’avérer précieuses au regard des ambitions XXL de la Seleção.
Crédit photo : Carlos Rodrigues/Getty Images
Grand amateur de football en général mais surtout de football portugais, Alexis a été baigné dans cette ferveur lusitanienne tout au long de sa jeunesse, entre rires, joie et tristesse. Attiré par le beau jeu et les nouveaux talents, il observe attentivement les différents championnats nationaux : de la Liga Bwin à la III Liga.




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